La traversée des monts Groulx
Il y a quelques jours, j'ai complété la traversée des monts Groulx avec un ami. C'est une chaîne de monts perdue dans la région touristique de la Côte Nord, entre les villes de Baie-Comeau et de Fermont. C'est un endroit sauvage où la seule présence perceptible de l'Homme est la route qui traverse cette immensité de forêt, de toundra et de lacs. Il y a bien quelques êtres humains qui résident sur place mais leur présence est anecdotique.
Autant dire que c'est une aventure et qu'il faut se préparer correctement pour effectuer cette randonnée dans les meilleures conditions. Notre préparation a inclus de nombreuses recherches pour se faire une idée de l'étendu du défi, une formation en orientation pour pouvoir se répérer dans cet environnement sauvage, la location de matériel de communication via satellite et la planification du ravitaillement. Malgré nos efforts de préparation, nous nous sommes fait surprendre par la quantité de mouches noires qui nous ont harcelés dès que le soleil apparaissait, par la difficulté de navigation et de progression dans les sous-bois et par la beauté des paysages.
L'aventure commence avant même d'être sur le chemin de départ car il faut d'abord s'y rendre. Depuis Montréal, il faut conduire environ 12 heures à allure normale. La route inclus l'utilisation d'un traversier, de nombreux kilomètres sur route sans asphalte et bien entendu les ralentissements aux abords des différentes villes. Perdu dans cette immensité, il y a quelques ouvrages réalisés par Hydroquébec comme par exemple le barrage Manic 5. Nous voulions en profiter pour faire la visite guidée mais nos horaires n'ont pas été compatibles avec ceux de la centrale électrique.
L'aventure se transforme ensuite en expédition quand nous posons le pied sur le sentier. Celui-ci nous emmène jusqu'à la zone alpine et s'y termine. Il faut ensuite naviguer jusqu'au sentier de sortie à l'autre bout des monts Groulx qui nous fera retrouver notre véhicule. C'est une marche d'environ 45 km pendant laquelle nous avons gravi plusieurs monts, marché à travers des landes détrempées, sauté aux dessus de nombreux cours d'eau et souffert de centaines [1] de morsures de mouches noires. J'ai trouvé ça très dur aussi bien physiquement que mentalement. J'ai du repousser mes limites pour sortir aussi vite que possible de cet environnement hostile.
Malgré la souffrance, malgré les pieds trempés continuellement, malgré le harcèlement constant des insectes, ce fut une expérience enrichissante. Les paysages sont à couper le souffle [2], la nature est omniprésente, la nuit est exempte de pollution lumineuse et la végétation est généreuse. Je suis tombé en amour avec la chicoutai qui a une saveur de fruit exotique et d'abricot bien mûr, je m'en suis régalé dès que je pouvais. J'ai appris à mieux connaître mon ami [3] et à mieux cerner mes limites.
Ça a été une belle aventure, mais je ne pense pas la refaire un jour. Si l'envie m'en prend, je viendrais lire ici pour me rappeler l'état dans lequel j'étais pendant et après ces 45 km. Et, peut-être que cela me découragera de recommencer.